Clémenceau

Un vendéen au destin national :
GEORGES CLEMENCEAU

De pure souche vendéenne. Beaucoup de choses ont été dites sur le Vendéen le plus célèbre du XIXe siècle. Marsac a notamment écrit qu'il ' n'est pas un Vendéen si éloigné soit-il de ce que fut l'idéal politique de Georges Clemenceau qui ne revendique
l'honneur de l'avoir pour compatriote
 '.

   Rien de plus traditionaliste que cette famille de ' révolutionnaires ' ! Pendant plus de trois cents ans on y a pratiqué la médecine de père en fils et on n'y constate aucun mariage contracté hors de la province. Chez les Clemenceau, cette vieille famille bourgeoise anoblie sous Louis XIII, comme dans les autres foyers vendéens (et nulle part ailleurs), les options politiques, religieuses sont des plus tranchées, des plus absolues. Les guerres de Vendée n'en finissent pas de hanter les esprits.

Le grand-père de Georges s'installe le premier à l'Aubraie, près de la Féole, dans ce château. Ses deux fils, Paul et Benjamin, reflètent la grande discorde française. A leur propos, lorsqu'un visiteur demandait l'un ou l'autre sans préciser le prénom, le père posait rituellement la question : ' Lequel ? Le marquis ou le sans-culotte ? '

De Benjamin naît Georges, le 28 septembre 1841, à Mouilleron-en-Pareds, dans la maison de sa femme, cet homme (lui aussi médecin), d'aspect sévère et distant inculque à son fils le culte de la démocratie. Clemenceau avouera qu'il fut la seule personne qui ait eu quelque influence sur lui : ' C'est mon père qui ma formé, je lui dois tout '.

 

                  

  A l'âge de dix ans, il est envoyé, au collège de Nantes. De son enfance vendéenne, Clemenceau tirera par la suite de quoi nourrir son patriotisme. Il n'oubliera jamais la Vendée, ses chemins creux, ses marais, ses arbres, son ciel. ' Ma joie, écrit-il était de courir, de boire le ciel, le vent, la pluie, le soleil, de m'enivrer de la senteur de l'herbe, de m'émerveiller du spectacle de la terre '.

 

En 1865 il monte à Paris. Au Quartier Latin, il commence à faire de la politique tout en continuant ses études de médecine. A vingt-quatre ans, docteur en médecine, il part pour les Etats-Unis afin d'y étudier le Constitution Fédérale. Il y reste près de cinq ans, et malgré les appels de son père pour rentrer au pays et les vivres coupés, il devient professeur de littérature française et d'équitation dans un collège de jeunes filles. Il finit par épouser une de ses plus jolies élèves avant de rentrer en France.

   LE ' TIGRE '
Le jeune ménage débarque peu de temps avant la déclaration de guerre avec la Prusse. A Paris, Clemenceau retrouve son ami Etienne Arago qui lui propose de devenir maire d'un arrondissement de Paris. La capitale va être assiégée ; il faut un réseau d'hommes sûrs et actifs. Georges choisit l'arrondissement de la Butte Montmartre. Il y ouvre un cabinet de consultation, au 21 rue des trois frères. Peu de temps après, il abandonnera la médecine pour se consacrer exclusivement à la politique. Il devient très vite populaire par des mesures comme l'instauration - immédiate dans sa circonscription - de l'enseignement laïc et obligatoire. ' Ce fut le début de sa carrière politique, axée dès le début sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et sur une égalité absolue entre les citoyens ' (Bordonove) Grâce à ses actions énergiques, Montmartre devient le centre de ce que l'on a appelé la Commune. Le 8 février 1871, Clemenceau est élu représentant de la Seine à l'Assemblée Nationale.

 

Sa carrière politique se poursuit : nommé conseiller municipal de Paris, il prend ensuite les responsabilités de la présidence du Conseil municipal. En 1880, il est élu député du Var. Aux élections de 1893, il est battu. L'effacement temporaire de l'homme politique fournit à son esprit l'occasion de s'adonner aux lettres. Orateur puissant, il se révèle alors comme écrivain, journaliste, romancier et auteur dramatique. Mais la politique le tient toujours le 12 mars 1906, il est appelé au ministère de l'intérieur ; le 25 octobre suivant, il devient président du Conseil.
Ces coups de griffe lui valent le surnom de ' Tigre '. Il apparaît ainsi à Camille Pelletan : ' On connaît cette figure énergique à grosses moustaches, aux cheveux ras, le front bombé, les yeux noirs. Les mouvements trahissent une brusquerie nerveuse, mais maîtrisée par une volonté de fer, par un sang-froid toujours en éveil. La voix claire, vive, décidée, impose la parole '. Ses collègues de la chambre le redoutent n'est-il pas surnommé '  Le tombeur de ministères ' ? Ils ont raison car ses jugements percutent.
A propos de Briand : ' C'est une âme de lapin dans une peau de tambour ' ;
de Joffre : ' C'est un pavé, mais un pavé pensant ' ;
de Klotz, qu'il place aux finances : ' J'étais pressé et il n'avait pas une mauvaise gueule '.
Quelqu 'un raconte qu'au cours des attaques dirigées contre lui ' on le voit se tordre littéralement, lever et rabattre les bras en cadence, se taper sur les cuisses et envoyer à l'orateur décontenancé de chauds simulacres de poignées de main '.

   LE ' PERE LA VICTOIRE '
Le 16 novembre 1917, le pays rappelle Clemenceau à la tête de gouvernement. Il faut un homme fort, capable de prendre des mesures impopulaires ; C'est ainsi que le Vendéen devient le chef incontesté de l'  ' Union Sacré '. Il fait appel à Foch - malgré l'avis contraire d'une chambre en folie -, puis à Castelnau. Peu lui importe les opinions politiques ou religieuses des combattants s'ils sont résolus à se battre. Alors commence la période triomphale qui lui a valu le surnom de ' Père la victoire '. Du 22 juillet 1917 au 11 novembre 1918, il demeure sur la brèche tant à l'intérieur que sur le front.
Il parcourt à soixante-seize ans les tranchées, la canne à la main, sous les balles et les obus. Sa popularité sur le front est immense.

 

J'ai vu dans les villages de Vendée, raconte-t-il le 18 décembre 1917, des paysans qui avaient eu quatre enfants tués, un cinquième prisonnier, un sixième au front, me demander les larmes aux yeux : ' Monsieur, est-ce que cela va finir bien ? '  et sur ma réponse affirmative, ' alors je donnerai tout '.


Un an après sa nomination, l'Allemagne demande l'armistice.

   IL REDEVIENT TERRIEN
En 1920, la présidence de la République vacante, Clemenceau pose sa candidature, mais les parlementaires lui refusent leurs voix c'est la dernière défaite de Clemenceau. Il gardera dorénavant porte close aux visiteurs, aux indiscrets, aux journalistes.
Le ' Tigre ' se retire à Saint-Vincent-Sur-Jard dans une petite maison de pêcheur - une ' bicoque ' loué 150F par an - face à la mer . Il écrit beaucoup et principalement la nuit. Après l'homme d'action, c'est le prophète qui s'exprime :
Quelle est donc ma surprise quand je découvre que l'Allemagne ne cesse d'armer et la France de désarmer...Chez nous, les frontières ouvertes, des armements déficitaires, des effectifs bien en dessous des chiffres reconnus nécessaires, tandis que d'autre part, une vie fiévreuse de réfection générale développe et réorganise par l'ajustement d'un matériel nouveau, toute partie de l'armement. De l'enthousiasme partout dès que le mot guerre est jeté aux passions de la foule, et aucun signe de rapprochement franco-allemand '.

Il meurt en novembre 1929, rue Franklin, à Paris. Selon sa volonté, on place dans son cercueil une vieille canne à pomme de fer, un petit livre qui lui vient de sa mère ainsi qu'un bouquet de fleurs que lui avaient remis autrefois les combattants de Champagne. Il est enterré dans le bois du Colombier (non loin de Mouchamps), près de son père sous un cèdre que celui-ci avait planté. Pas de pierre tombale, pas d'inscription, une simple grille de fer. Au-dessus des deux tombes veille une stèle qu'il avait commandée en 1923 au sculpteur Sicard. Sur un bloc de pierre ramené d'Egypte, l'artiste a gravé l'image de Pallas Athéna casqué, la lance au poing.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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